Par Benoît Cachi, tetu.com

En alternance avec Annette Gerlach, Marie Labory va présenter Arte Culture en direct de Cannes à partir de mercredi prochain. Rencontre avec la seule journaliste française homosexuelle assumée et fière de l'être.

                           

Marie Labory

TETUE.COM: Mercredi 13 mai, vous présentez Arte Culture en direct de Cannes à l'occasion du festival. Quel est le concept de l'émission?

Marie Labory: Comme l'année dernière, nous serons en direct de Cannes du mercredi 13 au dimanche 24 mai, date du Palmarès où nous ferons une grosse émission d'une demi-heure qui se poursuivra un quart d'heure de plus sur le Net. Là nous serons toutes les deux à présenter avec Annette Gerlach, alors que durant le festival nous serons en alternance. Durant ces deux semaines, nous n'allons pas nous concentrer uniquement sur la compétition officielle d'autant que cette année, elle est sans surprise avec des auteurs connus et reconnus. Nous irons vers des chemins de traverse même s'il y aura des invités prestigieux bien entendu.

En fait, nous allons traiter les trois compétions de la même façon (compétition officielle, Un certain regard et la Quinzaine des réalisateurs) car si Cannes représente les paillettes (au début de l'émission, il y a aura un résumé de la montée des marches), il y a des sujets moins glamour mais tout aussi intéressants. Par exemple, nous allons montré L'enfer de Henri-Georges Clouzot, film inachevé du réalisateur dans une version sans le son... L'avantage avec ce Arte Culture à Cannes c'est que nous pouvons passer du très léger au très pointu. À la différence de Canal+ qui traitent surtout les à-côtés de Cannes, et qui le font très bien d'ailleurs, nous nous allons nous concentrer sur le fond.

Après l'arrêt du «Set» sur Pink, vous avez eu du mal à travailler sur une chaîne généraliste?
Je dois avouer que ça n'a pas été facile... Je n'arrive d'ailleurs pas à savoir si c'est à cause de l'étiquette Pink. De toute façon, comme les discriminations raciales, on ne vous dit jamais «on ne veut pas de vous parce que vous êtes lesbienne, que vous venez de Pink».

Cependant, les rendez-vous se font rares, on sent quelque chose de bizarre autour de vous, mais sans que cela soit très concret. Après le «Set», je me suis retrouvée sur Cinécinéma et ce fut très bien. Une chaîne très sympathique, passionnée de cinéma avec une équipe adorable. C'est là qu'Arte m'a appelée après avoir visionné le «Set» sur Pink qui était terminé depuis deux ans !

Deux ans tout de même... Vous n'avez pas regretté votre passage chez Pink qui vous a forcément collé une étiquette de «journaliste lesbienne»?
Je ne me suis pas posé la question avant d'aller sur Pink. À France 2 et France 3, j'étais pigiste à la caméra mais je n'étais plus bien là-bas. Quand j'ai appris que Pink se créait, j'ai eu envie de tenter l'aventure qui m'apparaissait très excitante. En entrant chez Pink, je me suis dit que ma visibilité pouvait servir à quelque chose. Je ne suis pas militante dans des associations mais, en revanche, une fois que j'étais outée, je ne me suis pas cachée. Même à France 3 Normandie, j'ai toujours essayé de privilégier des sujets qui intéressent les homosexuels. Je me disais que si je ne le fais pas moi, personne ne le ferait... Si je veux être totalement honnête, j'en suis assez fière en fait. Ce fut une démarche militante clairement. Quand j'étais ado, je n'avais pas de modèle à la télévision et j'aurai adoré en avoir...

Quand on observe le PAF à l'heure actuelle, quelques hommes sont outés, dont Laurent Ruquier, mais aucune femme sauf vous...En effet, quand on regarde la télévision aujourd'hui, les femmes qui présentent des émissions sont rarement différentes... Sans sortir la carte féministe, j'ai l'impression que c'est encore plus vrai pour les femmes que les hommes... Elles se ressemblent toutes! Mais est-ce qu'une femme outée réunirait autant de téléspectateurs que Ruquier par exemple? Je pense que oui mais pas les producteurs visiblement. Regardez Ellen DeGeneres aux États-Unis, elle a mis du temps à s'installer, mais désormais elle est incontournable et reconnue de tous. C'est donc possible. Ca tient vraiment plus à une frilosité des producteurs, directeurs des programmes et des annonceurs que du public. Si l'émission est bonne, le public se fout de votre sexualité.

Et si on vous proposait une émission grand public sur une «grande» chaîne, vous accepteriez?
Je fais encore mes armes même si Arte n'est pas une petite chaîne... De toute façon, je n'irai pas proposer un projet en disant: «Bonjour je suis lesbienne, j'ai une émission pour vous!» Je sais que ce n'est pas facile d'essuyer les plâtres mais c'est le jeu... Je reste persuadée que ça ne passionnerait pas tant que ça le public de savoir avec qui je suis. Je me trompe peut-être...